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15/02/2012
LE ROI MAIS ET SON CORTEGE DE NUISANCES

Derrière le débat sur les réserves d’eau (1), c’est principalement de la culture intensive du maïs qu’il s’agit même si derrière les réserves sur dimensionnées se profile l’arrivée des cultures pour agro-carburants à l’impact sociétal négatif.
Cette plante tropicale instaure un système d’agriculture industrielle totalement inadapté à notre région. Son besoin en eau, très important, est à contre-saison : alors que la plupart des cultures ont quasiment achevé leur croissance à la fin du printemps le maïs se sème en mai et ses besoins en eau culminent en été, en pleine période sèche, au moment où l’évapotranspiration de la plante est à son maximum et où les rivières sont à leur niveau le plus bas.
Cette pression sur la ressource est d’autant plus problématique qu’elle concourt à consolider l’état de déficit structurel en eau. Le département du Lot est en Zone de Répartition des Eaux (ZRE) caractérisée par une insuffisance chronique des ressources par rapport aux besoins.
D’où  l’idée géniale de stocker l’eau des cours d’eau lorsque le débit pourrait l’autoriser (2).
Outre le fait que les réservoirs sont lourdement financés par l’argent public pour satisfaire un très petit nombre de bénéficiaires, l’irrigation induit l’intensification chimique agricole basée sur l’utilisation importante de nitrates et de pesticides. Cela est tout à fait incohérent avec l’objectif de réduction des pollutions diffuses pourtant défini comme prioritaire dans le SDAGE Adour-Garonne 2010/2015, le Plan Ecophyto 2018, le Grenelle de l’Environnement… En fait, les subventions sacrifiées à la filière pérennisent des cultures polluantes alors que d’autres financements (3) sont censés faire diminuer les pollutions : c’est un exemple flagrant de la fameuse «  Usine à Gaz ».
Il est instructif de consulter le rapport du Commissariat Général du Développement Durable : les coûts d’épuration des eaux polluées par l’agriculture augmentent considérablement la facture d’eau potable. Les excès d’azote et de pesticides coûteraient entre 1000 et 1500 millions d’euros aux ménages français. L’agriculture industrielle pollue, le buveur d’eau « trinque ».
La monoculture du maïs et les pratiques qui l’accompagnent sont en outre réductrices de biodiversité (4)  et conduisent à la stérilisation des sols. La boucle et bouclée : le lessivage des éléments nutritifs impose la continuation du système… pour le plus grand bonheur de l’agrochimie et des sociétés spécialisées dans les aménagements hydrauliques.
Indignons- nous !
Il faut sortir de cette agriculture qui a la prétention de capter toujours plus d’eau, toujours plus d’argent public, mais qui fait l’impasse sur ses pollutions par les nitrates et autres pesticides ainsi que sur son impact négatif sur l’air à cause des particules qu’elle émet.
L’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) propose à juste titre une autre politique agricole qui préserverait la santé des hommes, des sols et des milieux naturels comme celle de ce bien commun indispensable à tous, l’eau. De nombreuses expériences montrent que la conversion de la monoculture vers la polyculture, particulièrement en agrobiologie, permet d’économiser l’eau, d’améliorer les revenus agricoles, de régénérer les sols et de restaurer la biodiversité.
Qu’attendons-nous pour exiger des décideurs cette révolution verte ?
Engageons-nous !

Notes :
(1) On parle désormais de « retenue de substitution ». Cette notion sous entend le stockage de l’eau
en période d’abondance pour éviter de ponctionner le milieu naturel en période d’étiage.
Garantie non respectée : l’été 2011 le préfet du Lot a autorisé les propriétaires de réservoirs à les recharger à partir des nappes et des cours d’eau.(2) Le premier impact d’un barrage est physique souvent installé en amont des cours d’eau (zones sensibles) ces ouvrages provoquent la perturbation des cycles hydrologique et biologique dans la retenue et en aval.
(3) Dans le domaine très proche de l’élevage puisque fortement lié aux cultures agroalimentaires, un Programme de Maîtrise de la Pollution d’Origine Agricole a été activé : il concerne la gestion des rejets azotés des élevages hors sols. Le PMPOA1 (1998-2005) a conduit à des résultats décevants comparativement aux investissements consentis. Le PMPOA2 lui fait suite jusqu’en 2012. Son efficacité ne semble pas plus convaincante malgré les 560 Millions d’euros d’aides publiques qui lui ont été consenti par les Agences de l’Eau, les Collectivités locales et le Ministère de l’Agriculture. Sans compter l’intervention des services de l’Etat qui elle aussi a un coût retombant sur l’ensemble de la collectivité. Sur l’ensemble des deux programmes plus de 100000 élevages situés notamment dans des zones vulnérables (ZV) ont été accompagnés… vers un fiasco retentissant ! Le modèle breton en est le témoin le plus évident.
(4 )  La modification du régime des cours d’eau conduit au réchauffement rapide des eaux. L’eutrophisation qui en résulte abaisse le taux d’oxygène dissous, asphyxie et dénature les milieux. Les nouvelles conditions de vie, toxiques pour la flore et la faune indigènes favorisent l’installation d’espèces invasives.


 

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