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11/01/2012
HOLD UP SUR L'EAU

En Adour-Garonne les prélèvements agricoles représentent  85% des consommations estivales d’eau.

Durant l’été 2011, le Lot a encore assisté au pillage de ses ressources naturelles par les tenants de l’agriculture productiviste irriguée, ce au détriment des autres usagers de l’eau.

Cet abus n’a pu se concrétiser qu’avec la connivence de certains serviteurs zélés de l’Etat.

Le Groupement Associatif de Défense de l’Environnement du Lot (GADEL) et France Nature Environnement Midi-Pyrénées (FNE MP) ont déposé trois recours pour excès de pouvoir auprès du tribunal administratif de Toulouse. Ces associations entendent obtenir l’annulation des arrêtés préfectoraux litigieux. Et il y avait matière à instruire bien d’autres contentieux…

La position ambigüe de la Direction Départementale des Territoires (DDT), service instructeur qui préside et anime le « Comité de suivi de la ressource en eau » plus souvent nommé « Comité Sécheresse » a conduit l’autorité préfectorale à prendre des dispositions contraires aux prescriptions contenues dans les textes majeurs, Directive Cadre Européenne sur l’eau (DCE), Loi française sur l’Eau et les Milieux Aquatiques (LEMA), Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (SDAGE) en Adour-Garonne (1). Même l’arrêté cadre départemental définissant des modalités d’action en situation de crise n’a pas été respecté. Pourtant une circulaire ministérielle du 18 mai 2011 rappelait aux préfets que « l’objectif général est de gérer les situations de pénurie en assurant l’exercice des usages prioritaires et plus particulièrement la santé, la sécurité civile, l’approvisionnement en eau potable et la préservation des écosystèmes aquatiques ». Cela n’a pas été le cas. Contre toute attente, les services de l’Etat ont négligé leurs obligations et géré l’irrigation, compromettant les autres usages de l’eau. Une fois les maïs récoltés ou ensilés (2), les réunions de la commission consultative prévues toutes les semaines ce sont espacées, puis ont cessé… Les rivières étaient vides, les nappes fatiguées : sur certains ruisseaux la Fédération des Pêcheurs avait dû procéder à des opérations de sauvetage, une quinzaine de maires avaient été contraints de réglementer l’usage de l’eau potable. L’étiage sévère s’est prolongé jusqu’aux pluies de fin décembre.

Il est navrant de constater que la DDT en principe garante de l’intérêt général reste toujours plus ou moins inféodée au lobby politico-agricole. Les responsables de cette administration née de la fusion des anciennes  Direction Départementale de l’Equipement (DDE) et Direction

Départementale de l’Agriculture et de la Forêt (DDAF) ont privilégié une minorité d’agriculteurs en dépit des protestations des associations de défense et autres organismes gestionnaires de ce bien public qu’est l’eau des rivières et des nappes (3).

Résultat, pendant que la très grosse majorité des paysans lotois souffraient de la sécheresse, et tout particulièrement les moutonniers, les industriels de l’agriculture se gobergeaient…

Depuis plusieurs années le GADEL qui souhaite faire des propositions concrètes demande qu’une réflexion concertée soit initiée, transition nécessaire pour sortir l’agriculture lotoise de l’impasse qui la conduit droit dans le mur.

Les préfets successifs font la sourde oreille et se contentent de mal gérer la crise… en attendant leur promotion.

Pour répondre aux problèmes liés aux caprices du temps et aux aléas climatiques, la Chambre d’Agriculture soutenue par les syndicats majoritaires propose la construction systématique de réserves d’eau ou «  retenues de substitution ». Ce faux problème perpétue le mal. Nous nous proposons de revenir sur ce dossier de l’irrigation (4) dans une prochaine édition.

Encadrés correspondant aux (1), (2), (3) et (4).

 (1) Le SDAGE et le PDM, Programme De Mesures qu’il met en place,  doivent obéir au plan de gestion exigé par la DCE. Cette dernière fixe notamment l’atteinte d’objectifs qualitatifs et quantitatifs pour l’ensemble des milieux aquatiques. Le département du Lot est impliqué dans l’entité administrative Adour-Garonne en ce qui concerne la gestion de l’eau. Le SDAGE actuel signé en décembre 2009 par le préfet de région prévoit 60% des masses d’eau en bon état écologique en 2015. En 2005, d’après l’Agence de l’Eau, notre bassin hydrographique concentrait 42,6% des surfaces irriguées en France. Les pollutions engendrées par l’agriculture productiviste ont récemment été chiffrées par l’Autorité Environnementale. Non seulement elles coûtent cher mais elles compromettent gravement les obligations de résultats dans un cadre de Développement Durable, ce qui pourrait à terme entraîner des sanctions financières de la part de l’Europe.

(2) Le maïs d’ensilage : une aberration alimentaire et économique.Apportant aux bovins une nourriture essentiellement fibreuse, il doit être complémenté par des protéagineux, en général sous forme de tourteaux de soja OGM, refusé par une majorité de consommateurs, et importé, d’où une empreinte carbone coupable.

(3) On retrouve malheureusement un dysfonctionnement analogue des services de l’Etat à tous les niveaux décisionnels, qu’ils soient centraux ou décentralisés.Corinne Lepage, avocate, ancienne ministre de l’Environnement, présidente de CAP 21, en faisait déjà le constat en mai 2008. Elle relevait l’efficacité toute relative du nouveau ministère de l’Ecologie aujourd’hui Ministère du Développement Durable, des Transports et du Logement (MEDDTL) en ces termes : « le MEEDDAT n’a plus rien à voir avec le ministère de l’Environnement. Dans la bataille qui l’opposait au ministère de l’Equipement,  c’est le second qui a tué le premier tout en laissant l’impression que les préoccupations écologiques l’ont emporté ! ».De la même façon la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) contraction des anciennes Direction Régionale de l’Environnement (DIREN) et Direction Régionale de l’Industrie , de la Recherche et de l’Environnement (DRIRE) est désormais sous l’influence de cette dernière …

 

 (4) Les prélèvements agricoles représentent 85% des consommations d’eau en été.

 

 

 

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